Les défauts du zellige se répartissent en deux groupes. Ceux qui font partie du matériau — tressaillage de l’émail, bords irréguliers, variations de teinte d’une pièce à l’autre — ne sont pas des anomalies et ne se réparent pas. Les vrais défauts — pièces qui sonnent creux, fissures qui traversent la terre, joints ouverts ou taches tenaces — viennent de la pose, d’une mauvaise gestion de l’eau ou d’un entretien du zellige avec des produits inadaptés.
Qu’est-ce qu’un vrai défaut, et qu’est-ce qui relève du caractère du zellige artisanal ?
Un vrai défaut touche à la tenue de la pièce, à l’étanchéité de la surface carrelée ou à la terre elle-même. Le reste, c’est l’empreinte de la fabrication : le zellige est façonné à la main, séché, cuit au four traditionnel, émaillé, cuit une seconde fois puis taillé pièce par pièce. C’est ce processus artisanal de fabrication du zellige qui rend chaque pièce unique par sa couleur, sa forme et sa taille.
Cela fait partie du matériau et ne se répare pas :
- Le tressaillage : un réseau de fissures très fines dans l’émail, qui ne se prolonge pas dans la terre.
- Des variations de teinte et de brillance au sein d’une même référence et d’une cuisson à l’autre.
- Des bords ondulés, des angles arrondis et de petites ébréchures dues à la taille manuelle.
- Des pores, des cratères et des bulles dans l’émail, plus visibles sur les couleurs foncées.
- Des écarts de quelques millimètres en dimensions et en épaisseur entre pièces d’un même format.
C’est un défaut et il faut agir :
- Une pièce qui sonne creux quand on la tapote avec les phalanges : elle n’a pas accroché au support.
- Une fissure qui traverse l’émail et la terre, avec des lèvres décalées.
- Un émail éclaté jusqu’à laisser la terre à nu, dans une zone mouillée tous les jours.
- Un joint ouvert, pulvérulent ou qui s’effrite sous le doigt.
- Une tache qui ne part pas à l’eau tiède et au savon neutre, et qui s’étend.
Les guides de pose de la profession partent du principe qu’entre 15 % et 20 % des pièces arrivent avec une imperfection du premier groupe. Ce n’est pas un matériau défectueux : c’est la marge qui permet au carreleur de choisir pièce par pièce. Nous expliquons comment tirer parti de cette irrégularité dans l’article sur le zellige irrégulier et la valeur esthétique de son imperfection.


Pourquoi l’émail du zellige se craquelle-t-il ?
Parce que l’émail et la terre ne se rétractent pas de la même façon en refroidissant après la cuisson. L’émail, plus rigide, cède et forme un réseau de microfissures, le tressaillage, qui reste en surface et n’atteint pas le corps céramique. C’est le même phénomène que sur la faïence ancienne et, dans le zellige, c’est un effet recherché : on parle alors de craquelé.
Il ne fragilise pas la pièce : il offre seulement davantage de surface où la graisse ou les pigments forts — café, curcuma, vin rouge — peuvent se loger si on les laisse sécher dessus. Avec les années, cela se traduit par une patine qui assombrit le réseau de fissures ; on la prévient en nettoyant les taches encore fraîches, pas en frottant plus fort ensuite.
La fissure structurelle, c’est autre chose : elle traverse l’émail et la terre, se sent sous l’ongle et apparaît souvent alignée sur plusieurs pièces de suite. Dans ce cas, le problème n’est pas dans la pièce, il est en dessous.
Quelle est la cause de chaque défaut et comment y remédier ?
Les huit cas les plus fréquents, avec leur cause probable et la solution :
| Symptôme | Cause la plus probable | Que faire |
|---|---|---|
| Réseau de fines fissures dans l’émail seulement | Tressaillage : dilatation différente de l’émail et de la terre | Ce n’est pas un dommage : nettoyage au pH neutre et joint hydrofugé |
| La pièce sonne creux quand on la tapote | Mortier-colle insuffisant ou pose sans double encollage | Déposer la pièce, nettoyer le lit de pose et la reposer au mortier-colle déformable |
| Fissure qui traverse l’émail et la terre | Mouvement du support ou absence de joint de dilatation | Remplacer la pièce et vérifier le support avant de recommencer |
| Angles et chants ébréchés | Chocs pendant les travaux ou coupes à sec | Couper au disque diamant refroidi à l’eau et protéger la surface carrelée pendant le chantier |
| Voile blanchâtre sur l’émail | Résidus de coulis séchés sur la pièce | Nettoyant pour résidus de ciment sans acide ; jamais d’esprit de sel |
| Joint noirci, moisi ou pulvérulent | Manque de ventilation ou joint non protégé | Gratter et refaire le joint, aérer et appliquer un hydrofuge pour joints |
| Tache tenace sur un zellige non émaillé | Porosité de la terre apparente non protégée | Nettoyage en profondeur et hydrofuge pour céramique poreuse |
| Pièces qui sautent en extérieur après l’hiver | Eau logée dans les pores qui gèle et se dilate | Remplacer la pièce, refaire le joint et supprimer la stagnation d’eau avant le retour du froid |
Six cas sur huit se jouent au moment de la pose, pas à l’usage.
Comment remplacer une pièce de zellige cassée ou décollée ?
Sans déposer toute la surface carrelée, pièce par pièce, en respectant cet ordre :
- Tapotez les pièces voisines avec les phalanges : si plusieurs sonnent creux à la suite, le problème vient du lit de pose.
- Grattez le joint tout autour de la pièce avec un grattoir à joints ou un outil multifonction jusqu’à dégager les quatre chants.
- Cassez la pièce abîmée du centre vers l’extérieur : vous n’entraînerez pas les pièces voisines.
- Nettoyez le lit de pose : retirez l’ancien mortier-colle et laissez un support plan et sans poussière.
- Posez la pièce neuve avec un mortier-colle cimentaire déformable, en encollant aussi son revers (double encollage), pour compenser l’épaisseur irrégulière du zellige.
- Réglez la planéité à la main, pas à coups de maillet : la face visible doit affleurer, même si le revers reste irrégulier.
- Laissez prendre le mortier-colle selon les indications du fabricant — en général entre 24 et 48 heures —, jointoyez avec le même coulis que le reste de la surface et retirez l’excédent à l’éponge humide tant qu’il est frais.
Le point critique n’est pas technique, il tient à la couleur : deux pièces d’un même modèle cuites dans des fournées différentes concordent rarement, d’où l’intérêt de garder une réserve du carton d’origine. Pour le mélange du coulis, vous trouverez plus de détails dans le guide du coulis pour zellige.
Comment nettoyer le zellige sans abîmer l’émail ?
À l’eau tiède, au savon neutre et avec un chiffon doux. Rien de plus. L’émail est vitreux et n’a besoin d’aucun produit spécial ; ce que le nettoyage agressif abîme, ce sont les joints ciment et les chants des pièces, qui, eux, sont à nu.
La routine en cuisine et en salle de bains :
- Essuyez tout de suite les projections de graisse, d’huile et de café.
- Lavez au savon neutre dilué et rincez à l’eau claire.
- Séchez avec un chiffon : c’est ce qui évite le calcaire dans la douche et autour de la robinetterie.
- Une fois par an, contrôlez les joints et renouvelez l’hydrofuge là où il a faibli.
Ce qui ne doit jamais toucher le zellige :
- L’esprit de sel (acide chlorhydrique) et les nettoyants acides de fin de chantier : ils rongent le joint ciment et mettent à nu le chant de la pièce.
- Les anticalcaires acides utilisés en continu sur les joints.
- Les éponges métalliques, la laine d’acier et les poudres à récurer abrasives : elles rayent le brillant de l’émail de façon irréversible.
- La vapeur sous pression sur des joints récents ou dégradés.
- L’eau de Javel concentrée comme nettoyant habituel : elle blanchit la moisissure, mais dégrade le joint à moyen terme.
Une précision, en toute honnêteté : dans nos procès-verbaux, la résistance chimique a été testée sur la terre cuite, pas sur le zellige. Faute de cette donnée mesurée pour l’émail, la recommandation reste prudente : pH neutre et essai préalable sur une zone peu visible.
Faut-il protéger ou hydrofuger le zellige ?
La face émaillée n’en a pas besoin : l’émail est déjà la barrière. Ce qu’il faut protéger, c’est le joint ciment et toute pièce non émaillée ou coupée, car à cet endroit la terre est à nu et absorbe l’eau. C’est de cette distinction que dépend le bon vieillissement de la surface carrelée.
| Donnée mesurée | Valeur | Méthode |
|---|---|---|
| Absorption d’eau du zellige émaillé 10 × 10 cm | 15,7 % (coefficient moyen) | UNE-EN ISO 10545-3 |
| Résistance à l’abrasion du zellige | Défauts visibles à 750 tours : classe 3 | UNE-EN ISO 10545-7 |
| Absorption de la terre cuite 15 × 5 cm (référence) | 16,9 % | UNE-EN ISO 10545-3 |
| Grès cérame (référence du marché) | Moins de 0,5 % | — |
La donnée figure dans le procès-verbal n° 9103, avec un prélèvement du 28 mai 2024 sur des pièces de 100 × 100 × 12 mm, et un second procès-verbal, le n° 15847, porte sur le format 5 × 15 cm. Tous deux sont signés par Elabora, laboratoire inscrit au registre de la Junta de Andalucía (le gouvernement régional andalou) sous le numéro AND-L-155 ; les PDF complets se trouvent sur la page des procès-verbaux d’essais en laboratoire.
Ces 15,7 % expliquent le comportement du matériau : le corps céramique boit l’eau, l’émail non. Tant que l’eau ne trouve pas de passage — joint sain, chant protégé, support imperméabilisé dans les douches —, la surface carrelée tient.
Comment l’entretien du zellige change-t-il selon le climat : chaleur, humidité et gel ?
Le zellige émaillé ne souffre ni du soleil ni de l’air sec ; il souffre des changements brusques de température et de l’eau qui reste piégée dans les pores. Dès lors, l’entretien varie peu d’un climat à l’autre.
| Situation | Risque réel | Précaution |
|---|---|---|
| Chaleur et soleil direct | Choc thermique près des feux et des plaques de cuisson ; l’émail résiste bien au rayonnement UV | Ne pas appuyer de casseroles brûlantes contre la surface carrelée ni refroidir à l’eau une surface surchauffée |
| Ambiance humide | Moisissure, qui apparaît dans le joint et presque jamais sur l’émail | Aérer tous les jours, sécher la douche et renouveler l’hydrofuge des joints en temps voulu |
| Gel | L’eau logée dans les pores gèle, se dilate et fait éclater la pièce de l’intérieur | Joint étanche, mortier-colle pour l’extérieur et pentes qui évacuent l’eau sans flaques |
Trois nuances. La chaleur n’est pas le problème — le zellige est cuit bien au-delà de la température d’une cuisine —, c’est l’écart de température qui l’est : le zellige sur les cheminées et les poêles fonctionne bien tant qu’il n’est pas en contact direct avec la flamme. Si de la moisissure apparaît, regardez le joint avant la pièce : l’émail n’est pas poreux, le coulis l’est. Et en extérieur, la résistance au gel ne dépend pas de la pièce isolée, mais du fait que l’eau n’atteigne pas la terre, comme nous l’expliquons dans le guide du zellige en extérieur.


Quelles erreurs de pose provoquent le plus de défauts ?
La plupart des problèmes qui finissent en réparation se jouent avant le jointoiement. Les plus fréquents :
- Support non nivelé ou non imperméabilisé. Dans les douches et sur les receveurs maçonnés, la membrane d’étanchéité va dessous, toujours : le zellige n’est pas l’étanchéité.
- Mortier-colle rigide ou mal dosé. L’épaisseur varie d’une pièce à l’autre ; sans double encollage, il reste des vides, et c’est le vide qui fait que la pièce se décolle ou casse au moindre choc.
- Couper à sec. Le disque diamant refroidi à l’eau laisse un chant net ; à sec, l’émail éclate.
- Laisser sécher le coulis sur la pièce. Frais, il part à l’éponge ; sec, il exige des produits que le joint n’apprécie pas.
- Oublier les joints de dilatation sur les grandes surfaces, aux jonctions avec d’autres matériaux et sur les sols à plancher chauffant.
- Commander la quantité juste. Sans marge, le carreleur ne peut écarter aucune pièce et finit par poser les moins belles.
- L’utiliser comme sol à fort passage. Avec des défauts visibles à 750 tours à l’essai d’abrasion, c’est avant tout un matériau mural, ou pour des sols à usage modéré.
Combien de matériau commander en plus
Prévoir la casse et les chutes, c’est de la prévention pure. Il faut 100 pièces au mètre carré en Mjeddij de 10 × 10 cm, et 134 avec un Bejemat de 15 × 5 cm ; 15 % de plus sur 6 m², ce sont entre 90 et 120 pièces de marge pour choisir pendant la pose et garder une réserve. Le nombre de pièces au mètre carré de chaque référence figure dans le tableau des formats de zellige.
Questions fréquentes sur l’entretien du zellige
Le tressaillage du zellige est-il un défaut de fabrication ?
Non. C’est le réseau de microfissures qui se forme dans l’émail au refroidissement, parce que l’émail et la terre se rétractent à des rythmes différents. Il reste en surface, ne traverse pas la pièce et n’affecte pas sa résistance. Dans le zellige artisanal, il fait partie de la finition, au même titre que la variation de teinte.
Peut-on poser du zellige au sol ?
Oui, dans les zones à passage modéré et avec un joint suffisant. L’essai d’abrasion le place en classe 3, avec des défauts visibles à 750 tours ; ce n’est donc pas le matériau d’un local commercial. En outre, l’essai au pendule nécessite une surface de glissement de 124 × 76 mm : sur les petites pièces, il faut tester un échantillon déjà posé.
Quels produits ne faut-il jamais utiliser pour nettoyer le zellige ?
L’esprit de sel et les détartrants acides, les anticalcaires acides en usage continu, les éponges métalliques et les poudres à récurer. Les acides dissolvent le joint ciment et mettent à nu le chant de la terre ; les abrasifs rayent l’émail de façon irréversible. Pour le nettoyage quotidien, l’eau tiède et le savon neutre suffisent.
Faut-il appliquer un hydrofuge sur le zellige émaillé ?
Sur la face visible, ce n’est pas nécessaire, car l’émail est déjà imperméable. L’hydrofuge s’applique sur le joint ciment et sur les pièces non émaillées ou coupées, là où la terre est exposée. Dans les douches et sur les plans de travail, mieux vaut le contrôler une fois par an.
Le zellige résiste-t-il au gel ?
Cela dépend de l’ensemble, pas de la pièce. Avec une absorption moyenne de 15,7 % selon l’UNE-EN ISO 10545-3 (version espagnole de la norme EN ISO 10545-3), la terre absorbe l’eau ; si celle-ci gèle à l’intérieur, l’émail s’écaille. Avec un joint étanche, un mortier-colle pour l’extérieur, un support stable et une bonne évacuation de l’eau, la surface carrelée passe l’hiver.
Puis-je remplacer une pièce cassée des années plus tard et retrouver la même couleur ?
La couleur et la brillance varient d’une fournée à l’autre ; une correspondance exacte n’est donc jamais garantie. Le plus pratique est de garder une réserve du carton d’origine ; s’il n’en reste plus, on cherche la référence la plus proche et on remplace en commençant par la zone la moins visible. Envoyez-nous des photos et le format, et nous vous dirons quelles sont les options.
Si vous cherchez à diagnostiquer une surface carrelée, photographiez la zone abîmée, mesurez une pièce entière et notez la couleur : avec ces trois éléments, nous pouvons vous dire s’il s’agit d’un défaut ou du caractère du matériau, et quelle pièce de remplacement convient. Consultez les références disponibles sur la page zellige en stock ou parcourez toute la gamme de carreaux zellige artisanaux.




